Il faut construire les villes à la campagne (Alphonse Allais)
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Il n’y a pas longtemps que je connais les blogues. D’abord, je croyais que c’était un truc de snobs pour étaler ses états d’âme sur l’Internet, parce que Jack Lang ou Sarkozy en avaient un. Ca fait « trendy » quoi. Faux. En découvrant la lecture des blogs j’ai réalisé que j’étais soudain en contact avec le monde, enfin le vrai, celui des bricoleurs et des rêveurs, des Pierre, Paul et Harry qui délirent ou qui réfléchissent, qui partagent leur enthousiasme pour un projet ou une idée… Des moins cons que moi, qui peuvent m’apprendre quelque chose. Ca vaut de l’or ! A travers les « média » on finit par avoir une vision du monde pessimiste et cynique parce qu’on nous abreuve de guerres, d’atrocités en tous genres et puis les gros journaleux sont complices des gouvernements : abrutir les gens plutôt que de les informer et entretenir la parano car il est bien plus facile de gouverner des crétins apeurés que des gens intelligents et éduqués. Les blogues et l’Internet en général, c’est tout le contraire : C’est de l’info libre et gratuite, c’est démocratique et bien sûr il y a à boire et à manger mais il faut savoir trier, de toutes façons il y en a tellement que ça ferait beaucoup à lire… Si j’ai entrepris de rédiger ce blogue c’est pour que ma famille et mes potes puissent suivre un peu mon projet sans avoir à raconter aux un et aux autres les même détails dans des Emails. C’est aussi pour correspondre avec les autres passionnés de l’autoconstruction, dont certains d’ailleurs me surpassent peut être (c’est à débattre) dans le domaine de la folie douce, comme « le Doux Dingue » et sa chapelle ! Projet pharaonique et génial ! Ou « Moellon » et sa maison cassée sans oublierla magnifique « maison Coucourde » et les autres… Merci à tous ces gars là d’ailleurs pour les bons conseils prodigués dans leur récit et leurs commentaires. Tous sont sympathiques car farouchement individualistes, indépendants et munis d’un optimisme… en béton ! (C’était inévitable !)
Mistral constant, ciels gris, il fait sec mais la température baisse. Rien d’excitant à l’horizon, réparation et entretient des véhicules, il y a toujours mille petits trucs qui vont de travers et ça prend du temps. Les jours passent et je suis loin de commencer les travaux d’aménagement du mon terrain. Je n’ai pas encore démarré le Bulldozer depuis mon retour. 11 jours sans Internet, la cure de désintox est sévère ! Rangements et tri ce qui m’a permis de remettre la main sur un certain nombre de trucs comme mes outils, le matos de cuisine, une bouteille de Laphroaig ( merci Jésus !) Ma collection offerte par ma fille de DVD de Charlie Chaplin et le DVD player. Le soir, il n’y a plus qu’à brancher sur le mini générateur et c’est comme au cinéma ! Changé les bougies de préchauffe de la 405 et réparé l’allume cigare de la Toyota, fascinant ! Reste à remettre en état la Nissan Patrol, ce sera le véhicule de service sur le chantier. Graisser les chenilles et changer les filtres à gasoil du Bull. J’ai remis en état le réacteur qui me permet de transformer l’huile de friture de récup (j’en ai des tonnes) en méthyl-ester (biodiesel) car tous ces joujoux marchent au diesel bien entendu. Au prix du pétrole d’aujourd’hui, il faut être dingo ou riche pour faire le plein à la pompe ! Et enrichir un peu plus les Ben Laden et les Georges Bush…S’il m’arrive encore de fréquenter ces lieux déprimants que sont les stations-service c’est pour remplir un bidon de 20 l de sans plomb pour mes lampes à pression et le petit gégène. Je n‘ai pas encore trouvé le moyen de faire mon essence mais ça viendra peut être un jour. Je fais dèja mon éthanol mais il est de « qualité alimentaire » si vous voyez ce que je veux dire ! J’ai mal au dos un jour sur deux, ce qui n’accélère pas les choses. La radio ne parle que de femmes battues, d’alcool au volant et de dépression. Si vous avez échappé aux deux premiers, vous êtes sûrs d’être concernés sous peu par le troisième avec ce genre de programmes ! Où êtes vous Max Gillie, Francis Blanche, Jacques Legras Coluche… ?
Je me demande si de construire de zéro n’est pas quelque part plus facile que de retaper une ruine, j’ai vu mon père se miner à la tâche. Cela dépend dans quel était est ladite ruine. Il faut démolir partiellement, évacuer les gravats, rebâtir, corriger oui mais, il y a toujours des « oui mais » partout car tout est compromis (chose due), on est toujours dicté par ce qui existe déjà, de plus c’est dangereux. La fatigue est entière mais la créativité est frustrée. Imaginez Leonardo qui aurait trouvé la fameuse « Mona Lisa » dans une salle des ventes et l’aurait seulement (si magnifiquement) restaurée ! Je comprends que dans un pays où il y a tant de merveilles on tombe amoureux d’une bâtisse et son site. … Il faut dire aussi que dans mon bled il n’y a pas de ruines, rien que de la nature ! Je lis avec intérêt les progrès des restaurateurs sur ce site. A chacun son truc.
Je ne raconte pas ma vie au jour le jour sur ce blogue mais la journée d’hier vaut d’être contée. C’est un vent à écorner les cocus qui sonne le réveil. Madame la pluie s’est enfin éclipsée pour être remplacée par Môsieur Eole lui-même et il fait du zèle, le bougre. Comme ça je goûte vraiment à toutes les joies du camping. La tente se dandine et les bâches font un vacarme de tous les diables. La bouteille d’huile s’est renversée et l’huile en suivant le coin de la table a coulé dans la valise des magasines et il y a des sacs plastiques plein les arbres. L’antenne de radio s’est décrochée et je n’ai aucune envie de la raccrocher donc plus de radio ! De toutes façons ce serait pour entendre mentir des politiciens en boucle… Mais la vraie mauvaise nouvelle de la journée c’est mon dos en vrac ! Je ne peux pas faire ce que j’avais prévu. La journée est foutue ou presque. Je vais finir de laver la Toyota à la rivière en m’allongeant fréquemment dans le sable pour me reposer le dos. Je ne peux pas laver les tapis ni les housses c’est trop lourd. Je dors une heure l’après midi en espérant que mon dos ira mieux au réveil mais rien n’y fait. De surcroît le ciel s’est assombrit encore et maintenant, devinez : il pleut ! Heureusement c’est du crachin mais soufflé par le vent il va sous mon camp bâché donc je me réfugie dans la tente. Je rédige enfin les cartes postales pour les gens de ma famille qui n’ont pas l’Internet, chose que je n’aurais jamais faites s’il avait fait beau…Donc la journée n’est pas complètement morte… Le frigo à gaz s’éteint tout le temps, j’ai mangé toute la truite à midi que je voulais garder pour le soir, comme si de me goinfrer allait me consoler… L’optimisme a entièrement disparu de mon horizon, je calcule : A ce train là il faudra 367 ans pour compléter le hangar et 1774 ans pour finir ma maison ! Vous avez choisi la maison « Phénix » ? Les pantoufles, la télé ? Et vous avez bien raison !
Par contre j’ai bien choisi de prendre mes distances avec la « Civilisation » d’où ma position éloignée. Je ne suis qu’à 1 h 30 de voiture d’une ville de 100 mille habitants et à 35 km d’une superette. La ville est devenue un enfer à cause de l’automobile et le monde est d’une manière générale surpeuplé. Le Corbusier (un autre fada !) décrivait les grandes villes modernes avec leurs tours et autres gratte-ciels comme des espaces inhumains où les hommes vivaient au fond dans l’ombre perpétuelle comme des rats… Les paysages ont changé vers les années d’après guerre avec la reconstruction à toutes pompes et le Baby Boom. On s’est mis à construire n’importe où et n’importe quoi, il y avait la crise du logement, les bidonvilles qui poussaient comme des champignons autour des mégapoles. C’est à ce moment que la laideur s’est vraiment et définitivement emparée du paysage. Villes Nouvelles, lotissements, terroirs définitivement coupés en deux par des autoroutes, haute montagne colonisée par les stations de ski clés en main… Pendant ce temps des villages traditionnels étaient plus ou moins laissés à l’abandon… J’ai connu cette drôle d’époque où l’on ne jurait que par le « Progrès », j’étais gamin et les adultes disaient de nous que nous irions dans la Lune… Le mouvement Hippy-Ecolo des années 70’s nous a heureusement aidé à reprendre contact avec la Terre… Il y a de nos jours partout dans le monde, surtout en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle Zélande de plus en plus de gens qui pensent que l’habitat humain moderne ne doit pas être nécessairement une insulte à l’environnement pour être confortable et qui construisent « free style » des maisons fort belles (ou moins belles d’ailleurs) mais toujours en matériaux écolo où recup et recyclages sont à l’honneur. C’est bien dans cet esprit que j’entreprends mon chantier. « Indépendance, économie et intégration » : voila une belle formule ! Presque assez belle pour être écrite sur des gaufrettes !
De temps en temps il faut redescendre l’échelle car on s’habitue vite au confort. Le bien-être rend douillet, le bonheur rend con. Redémarrer un peu à zéro ça vous recale, ça vous remet le sens des réalités et les pendules à l’heure… Il y a trois semaines je mangeais du foie gras, c’était délicieux mais le steak que je me suis grillé ce soir sur le feu, sur mon terrain enfin sec et après cette semaine d’enfer, il était pas mal non plus. (Une pensée tout de même pour ceux qui n’ont même pas une sardine à griller sur le feu) Je vais faire du camping pendant des mois et il faudra des années avant d’avoir la maison finie mais en attendant il faut repasser par toutes les phases du confort petit à petit retrouvé. C’est la seule façon d’apprécier le bien être futur. Ceux qui ne comprennent pas ça n’ont rien compris à la vie et se condamnent à une escalade sans fin vers l’acquisition de biens toujours plus luxueux, plus beaux et plus chers que les précédents, cherchent sans cesse à « améliorer » leur mode de vie sans se rendre compte qu’ils l’ont déjà leur bonheur… C’est une course où il n’y a pas de ligne d’arrivée, il y aura toujours une maison plus belle que la tienne, une voiture plus puissante, une femme plus belle et que sais je ? Ils travaillent toujours plus, gagnent toujours plus d’argent pour finalement remplir une passoire… Pendant ce temps leurs enfants chéris grandissent tout seuls, leur jeunesse se fait la paire et ils se rendent compte soudain, au milieu de tous leurs jouets et de tout leur fatras qu’ils sont passés à côté de leurs pompes… Moi je préfère rester petit, la cours des Grands, je m’en fous comme de ma première culotte « Petit Bateau » même s’il faut de temps en temps appuyer sur le « reset button » . Construire sa bicoque c’est une aventure, c’est aussi une nécessité pour celui qui ne se contente pas d’un dortoir et d’un réfectoire. On n’est si bien servi que par soi même tel est la philosophie de base d’un tel projet. Le choix réussi de l’emplacement, de la région géographique et du climat appelle une continuité dans la réalisation de ce rêve et encourage à l’effort. Quelques précisions tout de même : Loin de moi l’idée de faire le précieux, je comprends parfaitement que la plupart des gens font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont et ont d’autres soucis plus immédiats que de choisir entre le Larzac et la Guadeloupe, n’ont pas d’autre moyens que d’habiter en banlieue voire dans des HLM pour être près de leur travail etc. Sauter hors de la cage d’écureuil n’est pas facile ! J’ai moi-même vécu 40 ans dans du « fonctionnel ». Loin de moi aussi l’attitude : « Moi j’ai choisi le retour à la nature » et autres balivernes des temps modernes. Aujourd’hui la vie de Sauvage (chère à Rousseau) c’est quand l’ordinateur est branché en 12 volts sur une batterie dans l’herbe et qu’on écoute Mozart sur la stéréo de la Toyota, les portières ouvertes en papillon en regardant arriver les chauves-souris dans le soleil couchant. Dans le frigo à gaz il y a des glaçons pour le whisky de 19h qui d’ailleurs aide beaucoup à relativiser ! Plus tard, il y aura les panneaux solaires et un inverter 230v, la parabole pour la télé, l’Internet et la téléphonie moderne, oui c’est le grand retour à la nature via Silicon Valley…
J’ai vendu ma maison avec vue et piscine, ça fait drôle tout de même. Me voilà sur mon terrain nu, (le terrain, pas moi !) Une tente déchirée par la tempête récente, des affaires humides, introuvables... Le luxe maintenant c'est de boire un thé sucré en retrouvant Euréka un sachet de sucre au milieu d'un carton éventré... Ah ces cartons! Ils sont surtout jolis quand ils sont secs! N'a pas vécu qui n'a pas déménagé au moins une fois sous la pluie. Mais par pluies diluviennes et incessantes, c’est l’apothéose du frustratorium ! A vous rendre dingue. Bon pour la camisole et la fourgonnette ! Et les autres proprios qui arrivaient avec leur camion… Mes meubles mouillés, et tout ce qui était en agglo peut maintenant aller direct à la décharge… Heureusement, le lumbago n’est arrivé que le lendemain … Avec ou sans maison de mes rêves, je veux mourir sur mon terrain car c’est fini : je ne veux plus jamais déménager !
Vendu la maison, je suis homeless! Enfin presque. Plus de téléphon, plus d'éléctricité; plus d'eau courante, plus d'internet (c'est le plus dur!) Vive le camping et la vie de sauvage. Je n'aurai donc d'accès internet que lors de retours en ville, trêve de blabla, au boulot!
Oui, j’ai trahi et suis prêt à affronter les commentaires acides des amoureux de l’Argile. Mais je peux expliquer… D’abord, je troque un matériau naturel contre un autre ! Là ! Ensuite et surtout, je suis un principe bien établi qui consiste à utiliser le matériau le plus proche, le plus abondant sur son site. Evidemment j’ai les deux sur mon terrain mais la pierre est surabondante et surtout elle est prête à être mise en œuvre. Pas la terre. L’extraction et la préparation de la terre sont un travail considérable et je pense en avoir assez sur mon assiette pour les années qui viennent… Rien ne m’empêche d’ailleurs de faire un petit joujou un jour avec la « mud brick ». Je n’ai aucune expérience pratique de la terre mais j’ai construit un mur en pierre assez joli dans le Vexin sous la supervision d’un patron. (photo).
Je dois vous faire un aveu : Récemment j’ai … viré ma cutil ! En cette époque de tolérance je compte sur votre largeur d’esprit. Il faut de tout pour faire un monde n’est ce pas ? Mais j’ai des explications, j’ai eu une enfance entre le béton et l’acier… Bon, trêve de vannes, (blogue in the corner, ahahaah !) depuis vingt ans je ne jurais que par la TERRE. J’ai même bassiné ma fille et ma pauvre mère avec ma passion. Etant Savoyard et basé près d’Albertville, en l’an 2000 n’ai-je pas écumé cette région du Dauphiné bénie des dieux entre Chambéry et Lyon (St Genix, Bourgoin, Villefontaine etc…) à admirer, photographier, répertorier (c’est tout juste si je ne les cajolais pas) ces formidables constructions en Pisé de Terre, corps de fermes, habitations etc… qui font le cachet de cette région. J’ai étudié force ouvrages, éditions Cra-terre etc… fait des test de briques et téléchargé des heures d’Internet sur le sujet, tout ça pour finir dans la PIERRE…